Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, la pratique de la motoneige est polluante, mais beaucoup moins qu’il y a une vingtaine d’années et possiblement moins que d’autres activités lorsqu’on analyse des comparables. Il y a encore place à de l’amélioration et c’est le message que véhicule la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ) auprès de ses membres.
Consciente de son rôle dans l’évolution des mentalités en faveur d’une pratique durable de la motoneige, la FCMQ s’est dotée de son premier plan d’action en développement durable. Ce plan triennal représente son engagement ferme pour l’adoption de principes de développement durable.
« Nous avons une responsabilité civique de respecter l’environnement. On essaie de propager cette commande à nos clubs et à nos motoneigistes. Nous avons aussi des relations avec les fabricants. On veut s’assurer que tout le monde fasse sa part pour le développement durable. On veut que l’activité puisse se perpétuer dans le temps. Cette démarche de sensibilisation est très importante pour nous », affirme le directeur marketing de la FCMQ, Michel Garneau.
Sept grands objectifs
Le plan d’action de la identifie une série d’actions à mettre en place pour atteindre sept grands objectifs : mobiliser les clubs et leurs membres à devenir des acteurs à part entière du développement durable ; encourager la recherche de nouvelles technologies vertes et faciliter leur déploiement ; intégrer le développement durable au cœur des stratégies de communication ; veiller à la cohérence d’un aménagement durable des sentiers par l’établissement d’un protocole environnemental lors de la planification des sentiers fédérés, et ce, dans un contexte de concertation globale avec les différents intervenants du milieu ; gérer et réduire l’empreinte écologique de la fédération dans ses activités ; établir une approche préventive et concertée pour la gestion du réseau de sentiers de motoneige, visant à atténuer et à gérer les facteurs de risque pouvant avoir des effets sur la santé et conscientiser les motoneigistes à adopter un comportement responsable et respectueux.
Des motoneiges moins polluantes
Depuis 2006, les fabricants de motoneiges doivent respecter des normes plus sévères en termes d’émission de monoxyde de carbone et d’utilisation d’hydrocarbures. « Toutes les motoneiges produites doivent respecter des normes de gaz d’échappement qui ont été adoptées par Environnement Canada. Les motoneiges vendues aujourd’hui sont nettement moins polluantes que les anciens modèles. Dans le cas des modèles 2 temps, on consomme beaucoup moins d’huile et moins d’essence. Le bilan environnemental s’est beaucoup amélioré depuis 20 ans », indique M. Garneau.

Les motoneiges modernes ont fait d’énormes progrès en matière d’émissions grâce aux moteurs 4 temps plus propres et à l’injection électronique, devenant bien plus silencieuses et moins polluantes que les anciens modèles 2 temps.
Les moteurs des motoneiges modernes produisent 98 % moins d’hydrocarbures que les anciennes motoneiges.
Les surfaceuses utilisées par les clubs sont aussi moins polluantes que par le passé. Elles doivent respecter de nouvelles normes. « Elles émettent beaucoup moins de gaz polluants que par le passé avec des moteurs plus efficaces qui consomment moins et qui émettent moins de gaz à effet de serre », poursuit M. Garneau.
L’environnement, c’est aussi une question de civisme.
L’environnement, ce n’est pas seulement des émanations dans l’air, c’est aussi la protection des sols et le ramassage de nos déchets, ce qu’on peut appeler le civisme. Pour éviter d’endommager les sols agricoles ou les plantations, il est recommandé de demeurer dans les sentiers.

« On demande de rester dans les sentiers. La superficie du Québec est immense par rapport à celle utilisée par les sentiers de motoneige. L’idée, c’est de concentrer l’activité sur un petit corridor à la grandeur du Québec. On évite les ravages de chevreuil. On demande aux gens de faire attention aux animaux. Dans le Sud de la province, nous avons de plus en plus de dindes sauvages. Il faut rappeler aux motoneigistes que c’est nous qui sommes chez eux et non l’inverse. La question des déchets est aussi très importante. Des agriculteurs m’ont rapporté avoir eu des problèmes après avoir déchiqueté des canettes en faisant leur foin. Une vache peut tomber malade à cause de cela. Les motoneigistes doivent comprendre qu’ils ne sont pas chez eux », affirme M. Garneau.
Bien que des études suggèrent que la motoneige n’a pas d’impact négatif majeur sur la végétation ou le sol avec un enneigement adéquat, il est crucial de respecter les règles locales et d’adapter sa conduite pour minimiser les perturbations, surtout au printemps ou sur des surfaces gelées et fines, en privilégiant les sentiers entretenus et en évitant le hors-piste dans les zones protégées.
Pour protéger le sol, il est recommandé de réduire sa vitesse sur les sentiers cahoteux ou non entretenus pour éviter de heurter des obstacles et d’éviter de faire patiner la chenille rapidement dans la neige épaisse, ce qui creuse et enlève de la neige.
Les motoneigistes doivent inspecter régulièrement les patins et glissières pour assurer une bonne glisse et éviter d’endommager la neige et la machine, surtout en fin de saison ou lorsque la neige est dure.
Pollution sonore
La pratique de la motoneige génère également de la pollution sonore, en plus de perturber la faune et de causer des dommages à la végétation par la compaction de la neige, mais encore là il y a de l’amélioration.
Les motoneiges modernes sont 94 % plus silencieuses que les premières motoneiges et, lorsqu’on utilise les pièces du fabricant, elles produisent un niveau de bruit minimal, tel que certifié par les ingénieurs professionnels.

Février est le mois national de la motoneige de l’environnement. Parmi les bonnes pratiques qui sont recommandées, notons d’éviter de jeter des déchets, de maintenir sa motoneige en bon état, ce qui permet de réduire les émanations, la consommation et les fuites, de garder l’échappement d’origine pour éviter d’effrayer les animaux et de ne pas pourchasser les animaux.
Selon la FQCM, ce sont une série de mesures qui aident à améliorer la situation de l’environnement liée à la pratique de la motoneige de manière globale. « Les motoneigistes sont vulnérables sur le plan environnemental, mais il ne faut pas oublier qu’un voyage aller-retour de Montréal à Miami en avion c’est l’équivalent de 3 500 km de motoneige au niveau des émanations. Les gens qui vont en Floride devraient se garder une petite gêne avant de traiter les motoneigistes de pollueurs parce qu’ils sont rares ceux qui font 3 500 km et plus dans un hiver », lance le porte-parole de l’organisation.
L’alternative électrique pas encore au point
Bien que les modèles modernes de motoneige soient plus propres, ils restent polluants, ce qui incite de plus en plus de motoneigistes circulant sur de courtes distances à envisager des alternatives électriques. Les motoneiges électriques émergent comme une alternative sans émission, mais qui fait toujours face à un frein important, leur peu d’autonomie.

« Le plus gros problème demeure l’autonomie restreinte. Il faut comprendre que la motoneige, ce n’est pas une auto. Il y a énormément de résistance, sans oublier que la motoneige opère dans un milieu froid, ce qui vient affecter l’efficacité des batteries. Il y a aussi la question des bornes de recharge qui sont rares aux abords des sentiers de motoneige. Il y a une place pour ça actuellement et cette place sera appelée à grandir lorsque la technologie permettra d’avoir une autonomie de 200 km. Pour l’instant, la Grand Touring électrique de Bombardier a une autonomie de 50 km et l’Expédition électrique, aussi de Bombardier, possède une autonomie de 30 km. Nous avons des motoneigistes qui font des journées de 350 km, c’est encore impossible, mais on évolue dans la bonne direction. Des efforts sont faits. La technologie avance beaucoup », souligne M. Garneau.
Les motoneiges électriques Ski-Doo offrent une solution écologique aux conducteurs qui parcourent de courtes distances. Propulsée par le moteur Rotax E-Power et conçue sur la plateforme avancée REV Gen5, c’est une nouvelle façon de s’amuser en hiver.
Certains concessionnaires encouragent la compensation des émissions pour les motoneiges à essence, notamment lors de la première année d’utilisation.
École de technologie supérieure
Fondé en 2003, le club QUIETS, relié à l’École de technologie supérieure (ETS), se spécialise dans la conception de motoneiges écologiquement responsables. Afin de se dépasser et de relever de nouveaux défis, l’équipe participe à une compétition annuelle de motoneige.
QUIETS s’engage à concevoir une motoneige plus respectueuse de l’environnement à partir de composantes existantes sur le marché. Cela permet à l’équipe de proposer des alternatives abordables et accessibles. Ces modifications visent, entre autres, à réduire la consommation de carburant, les émissions polluantes et le bruit tout en préservant un maximum de performance.
Les motoneiges de QUIETS ne font tellement pas de bruit que les gens croient qu’elles sont munies de moteurs électriques. À plusieurs reprises, QUIETS a remporté les catégories motoneige silencieuse, meilleur taux d’émission en fonctionnement, meilleure conception de moteur et meilleure consommation de carburant.
Impact sur le caribou
En raison de leur vitesse et du bruit qu’elles produisent, les motoneiges peuvent représenter un stimulus alarmant pour les caribous. Des cas de poursuites en motoneige ou de collisions peuvent survenir. De plus, l’accès presque illimité des motoneiges aux aires de confinement hivernales fréquentées par le caribou constitue un problème majeur. Les femelles étant gestantes au cours de l’hiver, la présence de motoneiges implique des risques accrus d’impacts sur la population.
Au Québec, près de 115 000 personnes font partie des clubs motoneigistes, sans compter les quelque 31 000 touristes qui viennent vivre l’aventure nordique du Québec à motoneige chaque année.


